Douce dentelle

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Le corps de chacun est un un champ de bataille. Des batailles contre nos complexes, qu’ils soient grands ou petits, qu’ils soient incapacitants ou juste un peu handicapants. Certains s’empêchent de porter certains habits, certains n’osent pas se montrer, d’autres se montent le bourrichon pour un rien. Le pire, c’est que personne ne le sait, et personne ne voit ces combats.

Chaque remarque qu’on nous fait, chaque blague qu’on prend pour nous est à même de ruiner nos efforts. Chaque petite victoire sur la route de l’acceptation de notre corps prend des mois, et peut être détruite en quelques seconde. Une remarque peut tout ruiner. Mais chaque fois qu’on reconstruit notre confiance, chaque fois qu’on se relève, on se relève plus fort.

Mon combat, c’était mes seins. Trop petits, trop invisibles, trop moqués, ça a été l’histoire de plusieurs années pour les accepter et oser les montrer et les assumer. Enfin, les montrer.. Je ne me promène pas torse-nu dans la rue, évidemment, mais je ne les cache pas sous des grands pulls non plus. J’ai appris à les aimer, à accepter que je ferais un bonnet A toute ma vie, et que ce n’est pas grave. CE N’EST PAS GRAVE.

Aujourd’hui, je me suis libérée. Je ne me suis pas évadée de prison, je n’ai pas gagné un combat contre la justice. Le combat que j’ai gagné, je l’ai gagné contre mon corps, et ma libération, elle s’est faite grâce… A un morceau de dentelle.

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Ce morceau de dentelle, je l’ai acheté sur un coup de tête à Intimissimi. Je l’ai acheté avec deux autres, à H&M, dans un moment de folie et de confiance en moi. Des soutien-gorges triangles, tous simples, délicats et magnifiques.

Si ce geste parait dérisoire, cet achat normal, pour moi, c’est un pas énorme vers l’acceptation de moi. Il y a quelques mois, jamais je n’aurais osé porter un soutien-gorge aussi dévoilant, mais surtout, qui triche aussi peu. Durant des années, j’ai porté des soutien-gorges rembourrés, push-up, ou juste « paddés », qui m’assuraient des seins un peu plus visibles, un peu plus gros… Avec des triangles, impossible de tricher. Si pas de poitrine, pas de poitrine. Mon corps est comme il est, ne triche pas. La dentelle, ça ne tient pas, ça ne supporte pas les seins. Ça ne les remonte pas. Ils sont juste normaux, comme si il n’y avait rien.

ET C’EST TELLEMENT PLUS CONFORTABLE !!

J’ai l’impression de porter de l’air. Ou de rien porter, c’est aussi un peu ça.

Mais le mettre, ça a été une épreuve, qui a commencé hier soir. Après avoir essayé toute ma garde-robe, m’être regardée sous tous les angles dans mon miroir, avoir pesé le pour et le contre, je me suis arrêtée sur un pull a grosses mailles, avec un débardeur dessous (histoire de cacher les tétons-qui-pointent-et-qui-me-stressent), et un leggings (histoire d’attirer l’attention sur mes jambes, et pas le haut de mon corps). Et après, j’ai passé des heures dans mon lit à tourner, à imaginer les pires scénarios, à imaginer toutes les remarques qu’on pourrait me faire, à revenir sur ma décision quinze fois…

Et ce matin, j’ai pris mon courage à deux mains, je me suis habillée et je suis partie.

Vous savez quoi ? Personne ne regarde. Personne ne remarque. Personne n’a fait de commentaires, personne ne s’est moqué de moi, ne m’a demandé si mes seins étaient partis en vacances. Rien. Personne. Les défauts qu’on se voit, comme ce bouton un peu rouge sur notre joue, notre petite poitrine, ou ces kilos « en trop » ou « en moins »… Ils ne choquent personne. Les gens jugent bien moins que l’ont ne le pense. Ceux qui nous jugent le plus, c’est nous-même. Au final, ce qui ressort de nous, c’est notre propre estime de nous.

Si on se sent beau, à l’aise dans notre corps, c’est l’image que l’on renvoie de nous.

Et moi, après des années, je me sens belle dans mon corps.

 

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